La liquidation amiable ferme une société solvable à l’initiative de ses associés. Elle suit quatre temps : vote de la dissolution anticipée et nomination d’un liquidateur, publicité de la décision, vente des biens et paiement de toutes les dettes, puis approbation des comptes de clôture, partage du boni et radiation au registre.

Liquidation amiable : une sortie réservée à la société solvable

Trois mots, trois moments : la dissolution met fin au projet social, la liquidation transforme les biens en argent pour régler les créanciers, la radiation efface la société du registre. Selon l’article L237-2 du Code de commerce, inchangé depuis 2000 selon Légifrance, la société entre en liquidation dès sa dissolution, quelle qu’en soit la cause.

Le 4° de l’article 1844-7 du Code civil vise la dissolution anticipée décidée par les associés, faute de repreneur ou d’entente. La fiche « Cessation d’activité d’une société (dissolution volontaire) » d’Entreprendre Service Public, vérifiée le 7 juillet 2026, la réserve aux entreprises qui ne sont pas en cessation des paiements. En clair, l’actif de votre société doit couvrir tout son passif.

Une exception : l’EURL ou la SASU dont l’associé unique est une société se dissout par transmission universelle de son patrimoine à cet associé, sans liquidation (article 1844-5 du Code civil). Si l’associé unique est une personne physique, la dissolution anticipée suivie d’une liquidation reste la voie à suivre.

Décider la dissolution et désigner le liquidateur

Le vote des associés

Le président ou le gérant convoque les associés pour deux décisions prises ensemble : dissoudre la société et nommer un liquidateur. Quorum et majorité dépendent de la forme sociale et des statuts ; pour une SAS, la fiche officielle retient l’unanimité, sauf clause contraire. Relisez la clause sur les décisions collectives, et votre pacte d’associés s’il en existe un, avant de convoquer.

Le choix du liquidateur

Le liquidateur amiable peut être le dirigeant, un associé ou un tiers, pour un mandat de trois ans au plus, renouvelable (article L237-21). Le dirigeant connaît les dossiers ; un tiers rassure des associés en froid. Dans les deux cas, l’article L237-12 le rend responsable de ses fautes, envers la société comme envers les tiers.

Ce qui change dès le vote

La société est désormais représentée par le liquidateur, et sa personnalité morale subsiste pour les besoins de la liquidation. Lettres, factures et annonces portent la mention « société en liquidation » et le nom du liquidateur, exige l’article R237-1, sous peine d’amende.

Publicité : annonce légale et guichet unique

La dissolution n’est opposable aux tiers qu’après sa publication au registre du commerce et des sociétés (article L237-2). Deux formalités suivent, chacune dans le mois. D’abord l’annonce légale de la nomination du liquidateur, dans le département du siège (article R237-2). Ensuite la déclaration sur le guichet unique de l’INPI, formalites.entreprises.gouv.fr. Le dossier comprend le procès-verbal, la preuve de parution et les justificatifs du liquidateur.

Bureaux recouverts de housses blanches dans une pièce vide après la dissolution d’une société

Pendant la liquidation : vendre l’actif, solder le passif

L’article L237-24 donne au liquidateur les pouvoirs les plus étendus pour réaliser l’actif, même à l’amiable, payer les créanciers et répartir le solde. Poursuivre les affaires en cours ou en engager de nouvelles suppose en revanche l’autorisation des associés.

Vendre sans conflit d’intérêts

Un inventaire de l’actif et du passif précède les ventes. L’article L237-7 interdit toute cession au liquidateur, à ses employés, à leur conjoint, ascendants ou descendants. L’article L237-6 subordonne la vente à quiconque a dirigé ou contrôlé la société à l’accord unanime des associés ou, à défaut, à l’autorisation du tribunal de commerce.

Payer chaque créancier

Toutes les dettes se règlent avant le moindre partage, organismes sociaux et impôts compris. Un compte courant d’associé reste une dette de la société et se rembourse avant tout boni. Si les fonds manquent, la voie amiable se ferme.

Contrats, bail et salariés

Pour les baux, l’article L237-5 est explicite : la dissolution ne les résilie pas de plein droit, et ils peuvent être cédés. Abonnements, crédit-bail ou assurances prennent fin selon leurs propres clauses ; pour le local, reprenez les clauses de cession et de résiliation du bail commercial.

Les salariés sont licenciés pour motif économique : l’article L1233-3 du Code du travail, en vigueur au 30 octobre 2026 selon Légifrance, range la cessation d’activité de l’entreprise parmi ces motifs. Le liquidateur transmet ensuite la déclaration sociale nominative du dernier mois.

Armoire métallique vide aux portes grandes ouvertes après la vente des biens de la société

Comptes de clôture, quitus et partage du boni

L’actif vendu et le passif réglé, le liquidateur établit les comptes de clôture et convoque les associés. Selon l’article L237-9, ils statuent sur le compte définitif, donnent quitus au liquidateur, le déchargent de son mandat et constatent la clôture.

Boni ou mali

Un boni de liquidation apparaît quand il reste de l’argent après paiement des dettes et remboursement des apports. L’article 1844-9 du Code civil le répartit selon la participation de chacun aux bénéfices, sauf clause contraire. Un mali signifie que les associés perdent une partie de leur mise ; les créanciers, eux, ont été payés.

Droit de partage et impôt des associés

Le partage d’un boni supporte le droit de partage. L’article 746 du Code général des impôts, version applicable depuis le 1er janvier 2021, le fixe à 2,50 % ; son taux réduit de 1,10 % ne vise que les partages consécutifs à un divorce ou à la rupture d’un Pacs. Le procès-verbal de clôture s’enregistre au service de la publicité foncière et de l’enregistrement. La fiche officielle précise que le boni d’une SASU ou d’une EURL n’est pas taxé.

Pour l’associé personne physique, le boni perçu au-delà de l’apport entre dans la base de l’impôt sur le revenu. S’il a acheté ses titres plus cher que l’apport d’origine, l’article 161 du même code n’impose que l’excédent sur son prix d’acquisition.

Avis de clôture et radiation

Le liquidateur publie ensuite un avis de clôture dans le support qui a reçu l’annonce de sa nomination (article R237-8) et dépose les comptes définitifs au greffe (article R237-7). Dans le mois qui suit, il demande la radiation sur le guichet unique, avec :

  • le procès-verbal de l’assemblée de clôture et les comptes définitifs ;
  • la preuve de parution de l’avis de clôture ;
  • le certificat fiscal du service des impôts des entreprises ;
  • l’attestation de vigilance de l’Urssaf.

Le calendrier et les dernières déclarations fiscales

Les délais lus ce jour sur les sources officielles s’enchaînent dans cet ordre :

  • un mois après la décision : annonce légale et déclaration de dissolution ;
  • six mois après la nomination : rapport du liquidateur aux associés (article L237-23) ;
  • trois mois après chaque exercice clos : comptes annuels, soumis à l’assemblée dans les six mois (article L237-25) ;
  • trente jours après la cessation : dernière déclaration de TVA au réel normal, soixante au réel simplifié, d’après impots.gouv.fr ;
  • soixante jours après l’approbation des comptes définitifs : déclaration du dernier résultat, selon Entreprendre Service Public ;
  • un mois après la publication de la clôture : radiation ;
  • trois ans après la dissolution au plus tard : clôture de la liquidation (article 1844-8 du Code civil).

La cessation déclenche aussi, rappelle impots.gouv.fr, l’imposition immédiate des derniers bénéfices, de ceux en sursis d’imposition et des plus-values de cession ; à l’impôt sur les sociétés, le déficit final n’est plus reportable.

Rideau métallique gris baissé sur un local commercial fermé, dans une rue déserte

Liquidation amiable ou judiciaire : deux logiques opposées

L’article L640-1 du Code de commerce réserve la liquidation judiciaire au débiteur en cessation des paiements dont le redressement est manifestement impossible. La fiche « Liquidation judiciaire d’une société » d’Entreprendre Service Public fait ressortir les écarts :

  • l’initiative : vote libre des associés, contre une demande obligatoire du dirigeant dans les 45 jours de la cessation des paiements, ou l’action d’un créancier ;
  • le pilote : liquidateur choisi par les associés, contre liquidateur désigné par le tribunal sous le contrôle d’un juge-commissaire ;
  • les créanciers : tous payés, contre une déclaration de créance dans les deux mois de la publication du jugement ;
  • la fin : clôture votée par les associés, contre jugement de clôture, le plus souvent pour insuffisance d’actif.

Quand les opérations révèlent un passif que l’actif ne couvre plus, la société doit demander l’ouverture d’une procédure collective dans ces 45 jours ; selon la même fiche, le dirigeant qui laisse passer le délai s’expose à une interdiction de gérer. Plus tôt, le mandat ad hoc ou la conciliation vous laisse le temps de négocier avec vos créanciers.

Prochaine étape : dressez avec votre expert-comptable l’état chiffré de l’actif et du passif. S’il laisse une marge nette, convoquez l’assemblée de dissolution ; s’il est serré, faites valider le calendrier des ventes par votre avocat avant le vote.

Dissolution et liquidation amiable : questions fréquentes

Combien de temps dure une liquidation amiable ?

Les textes fixent surtout des plafonds. Le mandat du liquidateur ne dépasse pas trois ans, renouvelable, et l’article 1844-8 du Code civil autorise tout intéressé à saisir le tribunal si la clôture n’intervient pas dans les trois ans de la dissolution. Entre ces bornes, tout dépend du travail restant : une société sans bien à vendre ni salarié se clôture rapidement, quand un immeuble ou un litige allonge les opérations.

Le dirigeant peut-il devenir liquidateur amiable ?

Oui. Entreprendre Service Public indique que le liquidateur amiable peut être le dirigeant, un associé ou une personne extérieure. Deux limites s’appliquent : l’article L237-4 du Code de commerce exclut les personnes interdites de gérer, et l’article L237-7 interdit toute vente d’un bien de la société au liquidateur, à son conjoint, à ses ascendants ou descendants. Le dirigeant devenu liquidateur répond aussi de ses fautes, envers la société comme envers les tiers.

Que faire si l’actif ne couvre pas les dettes ?

La voie amiable s’arrête. Une société en cessation des paiements relève d’une procédure collective, que son liquidateur doit demander au tribunal. Partager un boni en laissant un créancier impayé exposerait ce liquidateur à une action en responsabilité. Les associés ne sont pas quittes non plus : l’article L237-13 du Code de commerce laisse cinq ans, à compter de la publication de la dissolution, pour agir contre les associés non liquidateurs.