La lettre de change relevé (LCR) est un effet de commerce dématérialisé par lequel un fournisseur, le tireur, ordonne à son client, le tiré, de lui payer une somme précise à une date fixée. Votre banque la transmet à celle du client, qui débite son compte à l’échéance, et votre PME peut la faire escompter pour encaisser plus tôt.
Lettre de change relevé : définition et vocabulaire de base
Le Code de commerce encadre les effets de commerce dans ses articles L511-1 à L512-8, que cite la fiche d’Entreprendre Service Public sur l’escompte bancaire (vérifiée le 27 novembre 2024). La lettre de change, souvent appelée traite, en est la figure classique : un titre écrit qui contient un ordre de payer. Les clés de la banque, site pédagogique de la Fédération bancaire française, la présente comme un instrument de règlement entre professionnels ; la LCR en est la version normalisée et informatisée.
Tireur, tiré et leurs banques
Quatre intervenants se partagent une LCR :
- le tireur, fournisseur créancier, qui émet l’effet avec sa facture ;
- le tiré, client débiteur, qui paie à l’échéance ;
- la banque du tireur, qui présente l’effet au paiement, ou l’escompte ;
- la banque du tiré, qui recueille l’accord de son client et débite son compte.
L’échéance marque la date à laquelle l’effet doit être payé au plus tard. Sans date, la lettre de change est payable à vue.
Les mentions à reporter sur l’effet
Le même guide distingue les mentions du paiement (date et lieu de création, somme due, échéance) et celles des parties (nom, adresse et coordonnées bancaires du tiré ; nom, adresse et signature du tireur). Sur une LCR, ces données deviennent les champs d’un fichier : une coordonnée bancaire erronée se paie par un rejet.
LCR papier ou LCR magnétique : deux supports, un même circuit
Le format historique, la lettre de change papier, se remplit sur un formulaire vendu en carnets et accompagne la facture. Pour l’encaisser, vous la signez au dos (l’endossement) et la déposez à votre banque plusieurs jours avant l’échéance, avec un bordereau de remise. Remise trop tard, elle est traitée comme payable à vue, prévient Les clés de la banque, et réglée à sa date de présentation. Le formulaire normalisé, dit LCR papier, est converti en données par la banque pour l’échange interbancaire.
La LCR magnétique naît dans le logiciel de facturation du fournisseur, sous forme d’enregistrement informatique télétransmis à la banque, avec son accord. Remise, présentation au paiement et traitement des rejets s’automatisent.

LCR acceptée ou non acceptée : la portée de la signature
Une LCR acceptée porte la signature du client, avec la mention « accepté » sur l’effet papier. Selon le guide de la Fédération bancaire française, le tiré reconnaît alors sa dette et son montant, et ne peut plus revenir sur son engagement de payer. L’acceptation n’est pas obligatoire, mais le tireur a intérêt à la rechercher. Entre commerçants, le client livré conformément au contrat ne peut d’ailleurs pas la refuser quand l’effet correspond au prix des marchandises, sous réserve d’avoir pu les examiner dans un délai conforme aux usages.
La LCR non acceptée, ou LCR directe, part sans signature préalable. La banque du client sollicite alors son accord, en général par un relevé récapitulant les effets à venir : le client y indique ceux qu’il règle et ceux qu’il refuse, ou laisse jouer la convention passée avec sa banque. Un effet non signé peut donc être payé ; la différence se mesure en cas de litige.
Le circuit d’une LCR, de la facture au crédit en compte
Le parcours tient en cinq étapes :
- Vous émettez la facture et l’effet, avec l’échéance convenue.
- Vous obtenez, au besoin, l’acceptation du client.
- Vous effectuez la remise à l’encaissement, par bordereau ou télétransmission.
- Votre banque transmet l’effet à celle du client, qui recueille son accord.
- À l’échéance, le compte du client est débité et le vôtre crédité.
La provision n’a pas à exister quand l’effet est émis, rappelle le guide : elle doit être disponible pour l’échéance. Un appel au client quelques jours avant évite bien des rejets.
L’échéance reste soumise aux règles sur les délais de paiement. La fiche d’Entreprendre Service Public sur les délais entre professionnels, vérifiée le 7 août 2026, fixe le délai par défaut à 30 jours après réception de la marchandise ou exécution de la prestation, et plafonne le délai convenu à 60 jours à compter de l’émission de la facture ou 45 jours fin de mois, sauf règles sectorielles. Une échéance au-delà accorde un délai que la règle interdit.
Escompter une LCR pour encaisser avant l’échéance
L’escompte bancaire consiste à céder l’effet à votre banque, qui en devient propriétaire et vous avance son montant, diminué de ses agios. D’après Entreprendre Service Public, l’opération repose sur une convention et sur un encours maximum ; la banque reste libre d’accepter ou de refuser chaque créance.
Les clés de la banque, dans sa page sur l’escompte mise à jour le 2 juillet 2026, détaille trois familles de coûts :
- des frais de dossier, à l’ouverture puis au renouvellement de la ligne ;
- des intérêts calculés sur le montant de l’effet et la durée restant à courir ;
- des frais de gestion et de traitement, notamment pour les effets papier.
Le point qui fâche : si votre client ne paie pas, votre entreprise rembourse la banque, rappelle la fiche officielle. L’escompte ne vaut que pour les lettres de change et les billets à ordre : quand vos clients règlent par virement, la cession de factures prend le relais, décrite dans notre dossier sur l’affacturage du poste clients en PME.

LCR impayée : motifs, recours et conséquences
Une LCR impayée revient avec un motif. Le guide de la Fédération bancaire française en cite deux : une provision insuffisante, avec rejet total ou partiel, et une contestation du client auprès de sa banque (litige, commande déjà réglée). Votre banque vous adresse un avis de non-règlement et vous transmet le motif codifié, avec l’effet original s’il est sur papier.
Côté tireur : relancer, constater, poursuivre
Un rejet pour contestation appelle d’abord un échange commercial. Un rejet pour provision insuffisante justifie une relance immédiate, puis :
- un protêt, dressé par un commissaire de justice ou un notaire pour constater le refus de payer, à demander selon Les clés de la banque dans les deux jours ouvrables ;
- une injonction de payer, que la fiche d’Entreprendre Service Public vérifiée le 1er septembre 2026 ouvre aux créances nées d’une lettre de change ; le débiteur dispose d’un mois après signification pour former opposition ;
- les pénalités de retard sur la facture, d’au moins trois fois le taux de l’intérêt légal, et l’indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement, selon la fiche sur les délais de paiement.
Si l’effet avait été escompté, votre banque vous débite sans attendre l’issue de ces démarches.
Côté tiré : une trace à la Banque de France
D’après sa page sur la cotation, la Banque de France collecte ces impayés par sa Centrale des incidents de paiements sur effets (Cipe) et en tire une variable « impayés sur effets de commerce » utilisée dans son analyse. Cette cotation, appréciation de la capacité d’une entreprise à honorer ses engagements financiers à un horizon de un à trois ans, éclaire vos financeurs.
Si une échéance s’annonce difficile, prévenez le fournisseur avant le relevé et négociez un report. Une avance en compte courant d’associé peut alimenter la provision lors d’un pic d’échéances. Et si les rejets se multiplient, le mandat ad hoc et la conciliation offrent un cadre confidentiel pour renégocier vos dettes.
LCR, virement, prélèvement SEPA, billet à ordre : ce qui change
Ces instruments se distinguent par celui qui déclenche le paiement et par la possibilité d’escompter.
Virement : le client garde l’initiative
La Banque de France décrit le virement SEPA comme un transfert de fonds ordonné par le titulaire d’un compte vers un autre compte, en France comme dans l’espace SEPA. Le client choisit le jour, le fournisseur attend, et faute d’effet, rien à escompter.
Prélèvement SEPA : un mandat et un droit de contestation
Ici, le créancier demande à sa banque de débiter le compte du payeur, sur la base d’un mandat signé. La Banque de France rappelle la notification préalable, en principe au moins 14 jours calendaires avant le paiement, et le droit de demander le remboursement dans les 8 semaines suivant le débit. Une version interentreprises, réservée aux payeurs professionnels, encadre plus strictement cette contestation. Le prélèvement convient aux montants récurrents, mais ne s’escompte pas.
Billet à ordre relevé : l’engagement vient du débiteur
Le billet à ordre inverse les rôles : le débiteur l’émet et s’engage à payer à l’échéance. Sa version dématérialisée, le BOR, est un fichier au format convenu avec la banque, que le client télétransmet. La plupart des règles de la lettre de change s’y appliquent, précise Les clés de la banque, en renvoyant aux articles L512-1 et suivants du Code de commerce. L’effet reste escomptable, mais son émission dépend du client.

Avantages et limites de la LCR pour une PME
Côté fournisseur, la LCR coche plusieurs cases :
- vous déclenchez l’encaissement au lieu d’attendre l’ordre du client ;
- l’échéance écrite fige la date de règlement ;
- l’effet se mobilise par l’escompte ;
- l’effet impayé fonde une injonction de payer et remonte à la Banque de France.
Les limites sont connues : un client peut refuser une LCR directe au relevé, l’escompte vous laisse le risque d’impayé, et chaque remise entraîne des frais bancaires. Les clés de la banque juge aussi la lettre de change méconnue des entrepreneurs (page du 10 juillet 2025) : expliquez-la avant de l’imposer.
Mettre en place la LCR dans votre PME
Six actions suffisent pour démarrer :
- inscrire la LCR comme mode de règlement dans vos conditions générales de vente ;
- vérifier la solvabilité d’un nouveau client avant de lui adresser un effet ;
- signer avec votre banque la convention de remise et, si besoin, une ligne d’escompte ;
- paramétrer votre logiciel de facturation pour produire le fichier attendu ;
- caler chaque échéance dans les plafonds légaux ;
- rapprocher chaque semaine crédits, rejets et motifs.
Côté tiré, contrôlez chaque relevé, refusez sans attendre tout effet qui ne correspond à aucune livraison et reportez les échéances validées dans votre plan de trésorerie. Nos sept leviers pour optimiser la trésorerie d’entreprise replacent ce calendrier à côté des délais fournisseurs et du stock.
Prochaine étape : repérer vos clients professionnels réguliers qui paient en retard des factures incontestées, et leur proposer la LCR dès la prochaine commande, avec acceptation pour les montants les plus lourds.
